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Rodeur
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La déchéance de Gamil, fils de Zirak

le Mar 19 Juin - 7:51
Texte d'Adonis

Le matin surprit la mort qui officiait dans les quartiers les plus pauvres de la ville. Elle avait l'allure de visages écorchés et de têtes coupées, la teneur du sang qui maculait les murs des taudis, la voix de l’insoutenable symphonie d’une centaine d’êtres disparaissant subitement du monde des vivants. Ceux qui réchappèrent du massacre savaient à quoi l’on avait à faire, mais ne purent prononcer le moindre son. Du reste, une relation eût-elle été plus éloquente que celle qui se lisait dans leurs gestes bouleversés et leurs menues crispations ?

Le séisme se répandit rapidement, selon de toutes autres proportions. On parlait tantôt d’un géant, tantôt d’un golem, tantôt d’un démon. Outre son caractère changeant, la rumeur avait beaucoup de peine à prendre ses assises dans l’esprit des citoyens, tant le danger les secoua. Et de fait, la créature qui s’en était pris aux traines-savates et aux réfugiés allait bientôt s’en prendre aux bourgeois les plus riches de la ville. Sur la grand-place, déjà, on criait à la fin du monde, à la ruine de Commercia et à l’anarchie ; d’autres exhortaient leur prochain à prier pour sa propre sauvegarde ; d’autres, enfin, demandaient des nouvelles d’un proche qui habitait à la rue de Sharn, là où, paraît-il, la créature sans nom avait laissé derrière-elle la plus grande des désolations.

Cependant, les héros de la ville attendaient la créature de pied ferme sur la grand-place. Mais au vrai, rien, absolument rien ne les préparait au spectacle qui s’annonçait. Car la créature qui déboucha de la rue de Sharn arborait un visage qui était familier à la plupart des gens qui se trouvaient là, en dépit de la mystérieuse force qui l’avait défiguré au plus haut point. Du nain qu’il fut naguère, il ne restait qu’un amas de muscles et d’os tordus et déviés de leurs fonctions initiales ; toute sa physionomie était cependant tendue comme un fil, et paraissait n’avoir plus comme ultime motif que de briser ses structures les plus élémentaires. Il semblait être la colère de la terre même, géodésique et inexorable, et non son écho lointain; le courroux infernal dont les savants démonologues connaissaient le renom, à défaut d’en identifier les funestes suites, transcendait les limites que la montagne avait échu à l'un de ses fils.

Le combat fit rage entre le monstre et les défenseurs de Commercia. Les miliciens avaient le bras amolli par un souvenir, mais ce n’était qu’un souvenir. La hache de Thorink Barbe-Bleue trancha dans le vif du sujet sans autre forme de procès. Le templier Alice Gardesol mania son épée avec la fermeté que lui inspiraient et son devoir et la délicate tâche que lui imposèrent les circonstances; assistée de Kael’Han, le fameux rôdeur, ainsi que d’un mage de feu de la Tour et d’une prêtresse de la lumière, ils parvinrent à se soumettre la bête. Mais dans l’expiration même, il continuait à pousser des hurlements qui résonnent encore à ce jour dans les cauchemars des habitants des quartiers environnants. Il ne faisait plus aucun doute qu’il s’agissait de cris de possédés, échos amplifiés d’une souffrance inouïe.

Bientôt, ce n'était plus qu'un amas de chairs sanguinolentes et d'os atrophiés. Peu auraient refusé de troquer, en échange de la droiture morale qui caractérise une vie sans doute exemplaire, une force aussi titanesque. L’homme a le cœur faible et cède d’autant plus sûrement aux appâts qu'il pressent, d'autre part, combien la chute en serait plus dure. Aussi, un tel gain de puissance ne pouvait-il être payé que par le sacrifice suprême.

Cet épisode n’appelle à aucun commentaire. Cela dit, il demeurait de cette scène, pour ceux qui étaient présent, quelque chose d'irréductible, et qu'il était difficile de repérer. C'était une variation atmosphérique, un geste presque imperceptible de la tête, ou peut-être cette façon vaguement familière de grogner lorsque, dans la mort, il s’écroula enfin à terre en faisant s'écrouler sous lui le sol qui ne l'avait jamais trahi. Peut-être, enfin, fallait-il se fier aux souvenirs que l'on gardait de celui qu’il fut jadis, et à quoi l'on reconnaissait combien son malheur était profond. Car alors ce n'était pas la mort qui l'eût retenu de se tuer, mais la défaillance d'un infime instant où il lui aurait été possible de choisir...

La dépouille de la créature, abandonnée par le feu qui en avait éteint tant d’autres moindres, fut naturellement immolée à huis-clos à la caserne Zakbah, selon l’usage réservé aux criminels notoires. Beaucoup d’entre ceux qui perdirent un proche ce jour-là furent outrés qu’on les ait empêché d’assister au bûcher funéraire ; mais les miliciens ne se rendirent ni à la compassion qu’ils leur inspiraient malgré tout, ni aux raisons qu’ils purent avancer. La justice de Fardus était impitoyable et réconcilie les justes et les félons par-delà la mort.


Ainsi finit Gamil fils de Zirak.
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Rodeur
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Suite à l'attaque de Gamil

le Mar 19 Juin - 7:57
Source: ???

Un jeune milicien rentre sur la grand place, il sort tout juste du quartier des Zakbahs. Il est équipé de sa lourde armure de service. Sa démarche est brutale, sèche. Chacun de ses gestes respirent l'envie de violence et la douce démence qui s'empare de lui. Sa voix forte et puissante sort de ses poumons avec un coffre insoupçonnable, se répandant surement plus loin que la place.

- " SENLU ! SALE CHAROGNE ! ESPECE DE COUREUSE DE RAMPART EN PROMOTION ! CHIENNE GALEUSE ! TU VEUX JOUER AVEC NOUS !? TU VEUX JOUER AVEC MA VILLE !!! SI TU M'ENTENDS ESPECE DE TRAINEE, JE TE CONSEILLE DE NUMEROTE TOUT TES ABATS PESTE DE PUTAIN !!! SI JE T'ATTRAPE JE JURE DEVANT YORGVAST ET TOUS LES DIEUX QUE JE TE FERAI SOUFFRIR EXPOSANT LE NOMBRE DE PERSONNES AUXQELLES TU T'ES PRISE !!!"

Sur ces mots, il jette son casque par terre, si violemment qu'il rebondit et passe à quelques centimètres à peine de la tête d'un Hobbit qui se baladait sur la place. Le jeune milicien se dirigea vers son morceau d'armure si brusquement jeté et croise le regard du hobbit au passage. Les yeux du miliciens changèrent du tout au tout. La rage se transforma, l'espace d'un instant, en inquiétude, puis en détermination, pour ensuite se détacher et se remplir à nouveau de haine. Après avoir ramasser sa pièce d'armure, il se dirigea en ville, continuant d'éructer des propos insultant à la dite Senlu.

Les passants commencèrent à être apeurés, l'insécurité naissait dans les esprits de villageois. Des discussions, des murmures, des volets qui se refermèrent... Les places se vidèrent petit à petit et ceux que sortait n'eurent de cesse de regarder autour d'eux... sondant les ténèbres... La peur, oui la peur était là...
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